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Publié le mercredi 25 avril 2018

Après-coup...

Forum européen de Rome « L’étranger, inquiétude subjective et malaise social dans le phénomène de l’immigration en Europe »

Un texte de Céline Guédin


Céline Guédin s’est rendue au Forum « L’étranger, inquiétude subjective et malaise social dans le phénomène de l’immigration en Europe » qui s’est tenu à Rome le 24 février 2018. Après son retour, elle propose ce texte d’après-coup.

Je me suis rendue à Rome écouter ce qui allait se dire autour de la question de l’étranger, étant très concernée par mon travail auprès de jeunes mineurs non accompagnés (mineurs étrangers isolés), avec une nouvelle prise de fonction dans un service créé en raison d’une augmentation conséquente du nombre d’adolescents migrants en demande d’accueil en Seine-Maritime et spécifiquement dédié à l’accompagnement de ces jeunes sujets.

La tenue de ce Forum sur le sol italien a aussi contribué à mon désir de m’y rendre, car les jeunes sujets que j’accompagne ont, pour la très grande majorité d’entre eux, franchi les portes de l’Europe par ce pays et y sont parfois restés plusieurs mois. C’est en somme une manière de faire le chemin inverse qui me permettait d’écouter ce que les professionnels en Italie peuvent dire, énoncer de cette rencontre avec ces personnes sur le chemin de l’exil. Je voulais aussi savoir ce que la psychanalyse pouvait apporter à cette question, autrement dit, quel rapport entre le discours de la psychanalyse et la question de l’étranger ?

J’ai interprété ce temps de travail dans le cadre du Forum comme le temps premier, « un instant de voir », qui a donné la parole aux acteurs des ONG, journalistes, juristes notamment sur la question de l’étranger. Ils ont apporté un témoignage vif de leur expérience et de leur analyse quant aux difficultés rencontrées par ces personnes en quête d’asile, et de cette division, dans le champ du politique, entre le devoir, à l’échelle de chaque pays et à l’échelle européenne, de favoriser une politique d’accueil des personnes en demande d’asile et une politique visant le chiffrage et la limitation des flux migratoires. L’accent a été mis, tout au long de cette journée, sur la question de la place qui pouvait se faire à l’heure actuelle dans la communauté au sens large à cet étranger, dans un contexte dit de « crise migratoire », contexte utilisé sur un plan sociétal et politique pour venir épingler ce qui fait symptôme dans la communauté avec la charge d’angoisse qui y est rattachée, conduisant parfois vers l’exclusion et un désir de fermeture.

Qu’en dit la psychanalyse ?

« La psychanalyse est en terrain familier quant à la question de l’étranger », nous dit Antonio Di Ciaccia en citant Jacques-Alain Miller : « Etre un immigré est le statut même du sujet dans la psychanalyse. » Il y a continuité entre ce qu’il y a de plus intime en nous et ce qui traverse la communauté : « L’étranger est celui qui déstabilise, il est marqué par un trait que je refuse, que je répète, il est porteur d’angoisse. » L’étranger dont nous ne voulons rien savoir, qui divise l’être humain, est le même que celui qui divise une société. C’est avec ce fil, cette orientation que chaque psychanalyste intervenant lors de ce Forum a apporté une ponctuation.

Le témoignage qui a pour moi opéré une certaine scansion est celui du cinéaste italien Andréa Segre, artiste très engagé politiquement dans la cause des personnes migrantes. Il faisait le constat d’une tendance à évoquer « les migrants » du côté des drames qu’ils traversent, avec pour conséquence de les loger dans un rôle passif. Lors d’un tournage, Andréa Segre raconte sa rencontre avec un jeune adolescent dans un camp de réfugiés : il n’a pas pu traverser la frontière malgré ses différentes tentatives, essuyant le refus des autorités. Au cours de la conversation, l’adolescent demandera à Andrea Segre de le transporter dans son véhicule pour franchir la frontière qui lui a été jusqu’ici interdite, demande qui suscitera la division chez le cinéaste. Eric Laurent reprendra ce témoignage en soulignant que le migrant n’est pas seulement victime de la jouissance de l’Autre, mais il peut aussi se montrer, dans le cas présenté, séducteur et amener à la transgression. Ce point m’a semblé essentiel, car il a permis à mon sens un petit décalage et introduit la part de libido en jeu chez ces sujets, et la part qui est prise et qui leur appartient dans leur parcours d’exil et d’asile.

Perspectives

Si l’orientation donnée à ce Forum a été tournée vers une lecture de la question de l’étranger dans une dimension collective et politique, Antonio Di Ciaccia a conclu, ou plutôt ouvert à une prochaine rencontre sur ce thème, dans le cadre d’un deuxième temps de travail orienté autour de la clinique de la parole avec ces sujets exilés, en invitant chaque praticien engagé dans sa pratique avec ces sujets au un par un à venir en témoigner.

Céline Guédin


Radio Lacan présente donne une seconde vie à cet événement en présentant toutes les étapes du Forum européen de Rome « L’étranger, inquiétude subjective et malaise social dans le phénomène de l’immigration en Europe » : 13 « épisodes » à écouter ou réécouter en podcast, sans modération.
Traductions par Isabel Capelli, Betina Ganim, Laura Rizzo, Gleuza Salomon et Eduardo Scarone.

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