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Publié le mercredi 18 mars 2020

Université Populaire Jacques-Lacan

IRONIK ! – Mars 2020

Le bulletin Uforca numéro 39





LE RIRE d’EOLE


Corps à facettes


La richesse de l’enseignement de Jacques Lacan est telle qu’il nous intime parfois de traverser les époques en suivant les mouvements d’une notion.

Le corps est l’une d’elles. Cheminer dans les textes, crayon à la main, avec en ligne de mire le déroulé du temps. Point d’annulation d’un abord par un autre. Les angles de vue ne se recouvrent pas, mais mettent en relief une sédimentation dont on pourrait observer les différentes strates. Par exemple, corps imaginaire, corps symbolique, être du vivant, se succèdent et se renvoient leurs éclats au fur et à mesure que la pensée se déplie.

À l’heure où un virus se propage par-delà des frontières, par quel abord attraper le corps, le mien, le tien, celui du voisin, celui du pays, voire du monde ?

À reprendre l’expression cartésienne, la substance étendue serait cette grande terre sans horizon ni frontières, où le corps du voisin et ce qu’il en sort est si proche qu’il y aurait à s’en prémunir. La séparation des corps est devenue une chimère. L’expression du corps propre dépasse ses propres limites. Comme deux morceaux de cire qui viendraient à se confondre en une seule substance, les corps ont aujourd’hui l’allure de parties d’un grand corps, aux limites floues.

À la lumière de l’enseignement de Lacan, le corps de l’être parlant, l’être du vivant, c’est le morcellement de ce corps1. Le vivant est justement ce qui ne se ramasse pas dans une unité, dans une forme délimitée. En ce sens, ce virus qui fait un pied de nez aux frontières, est l’expression même du vivant. Il est en chaque point de la nature2 selon l’expression de J.-A. Miller au sujet de la jouissance.

Il est ce trublion qui rend caduque la passion pour l’image, celle qui viendrait recouvrir les tribulations de la jouissance, le morcellement du vivant.

Le vivant continue de remuer, malgré les disparitions. Et pourtant la pandémie agite3, non seulement la « seconde mort », mais la « double mort4 ». Pas seulement la mort de l’individu mais la mort de la matière même, la fin des temps. C’est ce que J.-A. Miller met en exergue à la lumière du Séminaire L’Éthique5.

La vie contre la vie en quelque sorte.

Or, si c’est le réel de la vie qui remue, réveille et soucie, à l’heure actuelle, si le leurre de l’image du corps apparaît là criant de vérité, alors quid du langage ?

La parole adressée n’est pas toute prise par le virus. Les signifiants, déroulés, dépliés, articulés, sont cause de jouissance6. Il y a parfois le corps qui se déchiffre, mais il y a aussi le corps où ça résonne, où l’aspect matériel du langage résonne dans le corps.

La vie a, par là même, une toute autre allure. Ce trente-neuvième numéro d’Ironik ! vous propose de faire un voyage autour de cette notion aux multiples facettes. Bonne lecture !

Pénélope Fay

Note :
1 Miller J.-A., « Biologie lacanienne et événement de corps », La Cause freudienne, n° 44, février 2000, p. 10.
2 Ibid.
3 Aujourd’hui, en Italie, il n’est pas toujours possible d’organiser une cérémonie funéraire pour dire adieu à ses proches. Cf. reportage de Mathieu Bock, « Coronavirus : en Italie, les morgues sont saturées », disponible sur le site Europe 1 International : La matinale d’Europe 1.
4 Miller J.-A., « Biologie lacanienne… », op. cit., p. 10.
5 Cf. Lacan J., Le Séminaire, livre VII, L’Éthique de la psychanalyse, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 1986, p. 249.
6 Miller J.-A., « Biologie lacanienne… », op. cit., p. 10.

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Avant-goût



Allez, approchez ! De vos mains, de vos yeux, de vos oreilles… De tout votre corps, osez, entrez dans la lecture de ce nouveau numéro Ironik  ! Car, du corps, justement il en est question. Du corps et de son nouage avec la parole.

Ça parle, ça jouit ? La jouissance serait l’écho de la parole dans le corps : Véronique Voruz déploie pour nous cette proposition. Y a-t-il une causalité psychique qui nous permette de comprendre pourquoi certaines paroles ont pu avoir des effets traumatiques sur les parlêtres  ? Rien de moins sûr. Le trauma est de structure, il est trace d’un hors-sens au point de rencontre entre l’organisme et le langage avant l’entrée du sujet dans la parole. Quelles en sont les conséquences dans la visée éthique d’une cure analytique ? À lire.

« Qui suis-je en tant que corps ? » Des femmes parlent. Freud, en acceptant de se laisser enseigner par les sujets hystériques, a pu entendre les formations de l’inconscient et élaborer une théorie du symptôme. Son cheminement nous plonge au cœur du symptôme hystérique, entre langage et corps. Christine de Georges, nous en restitue la valeur clinique. De l’énigme au symptôme, de la réalité sexuelle à l’évènement de corps, suivons-la.

Alors, qu’est-ce que le corps ? Le corps n’a de consistance que mentale, il « fout le camp à tout instant1 ». Pourtant le parlêtre l’adore. Cette adoration prend des formes multiples, qui vont de la contemplation extatique à la douleur exquise, de la vie à la mort, qui toujours est de la partie. Jean-Luc Monnier nous invite à rester attentifs à ceux qui maltraitent leur corps. Ces maltraitances sont le propre des parlêtres. De quoi font-elles signes et que visent-elles ?

Martine Marhadour semble lui répondre : avoir un corps, ça ne va pas de soi ! Certains sujets nous dit-elle « semblent ne pas avoir de corps ». Elle fait le pari de nous restituer les grandes étapes de la constitution du sujet et de son rapport au corps. Son texte nous entraîne vers un voyage dans l’enseignement de Freud, Lacan et Jacques-Alain Miller. Plongez-y.

En ces temps présents où le poids des embrouilles du corps se font réelles, la lecture de ce numéro est une invitation à penser.

Plus que jamais, bonne lecture.

Dominique Szulzynger

Note :
1 Lacan J., Le Séminaire, livre XXIII, Le Sinthome, texte établi par J.-A. Miller, Paris, Seuil, 2005, p. 66

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SOMMAIRE :

TRAVAUX D’UFORCA


A LA UNE


L’écho de la parole dans le corps
Véronique Voruz, Invitée de la section Clinique de Lille

Dans ce titre très évocateur « L’écho de la parole dans le corps », Véronique Voruz tire le fil entre les traumatismes, le traumatisme de structure chez le parlêtre, l’événement de corps et la pulsion. Elle montre ainsi comment la psychanalyse peut opérer, et les effets d’un corps non affecté par le langage. Lire la suite

Ceux qui maltraitent leur corps
Jean-Luc Monnier, Section clinique de Rennes

On dit de certains sujets qu’ils sont durs au mal, qu’ils n’ont jamais froid, qu’ils ne sentent pas la douleur et s’offrent parfois comme objets de maltraitance à leurs camarades. C’est un « pas assez de corps », c’est une façon, parfois extrême, de se faire un corps. Pour d’autres sujets, cela peut être au contraire un trop de corps, c’est-à-dire un envahissement du « mental » par le vivant. Lire la suite

Le symptôme hystérique, entre langage et corps
Christine de Georges, Section clinique de Nice

S’appuyant sur des textes princeps de Freud, Christine de Georges déplie le symptôme hystérique dont le sens se fonde sur la rencontre traumatique du sexuel. Lacan ouvre une autre voie à partir de la jouissance et du traumatisme de la langue sur le corps où le symptôme est un événement de corps. Lire la suite

Avoir un corps, ça ne va pas de soi !
Martine Marhadour, Section clinique de Rennes

Le corps, on croit qu’on l’est, mais on l’a ! Fallace de l’image dirait Lacan, cet imaginaire qui tout de même nous donne une consistance mentale. Lire la suite


LIRE AVEC


Il s’agit de lire avec Lacan les expressions du discours contemporain. Et de lire Lacan avec, comme points d’interrogation, ces déclinaisons.

HABEAS CORPUS

Pourquoi l’homme est-il si inféodé à son image ?
Catherine Lacaze-Paule

Quelle est cette « science de l’érotique des corps » dont Lacan indique qu’elle est la meilleure définition de la psychanalyse ? Cette rubrique propose de lire avec Lacan les différents statuts et conséquences cliniques du corps dans la pratique analytique. Pas de psychanalyse sans que le corps ne soit ni convoqué, ni impliqué, mais de quel corps s’agit-il ? Lire la suite


L’AMOUR EST UNE MARGUERITE

Premier amour
Vanessa Sudreau

Le corps des jeunes filles est au centre de l’actualité, lieu de fantasmes millénaires, c’est souvent par le fantasme ‒ masculin dans son essence – que nous y accédons. L’actualité signale un changement dans l’appréhension de cet « objet », cet « objet » parle à présent et publiquement, et cela en modifie profondément le statut. Des femmes parlent de la jeune fille qu’elles furent, et de la façon plus ou moins chaotique, voire ravageante, dont elles rencontrèrent l’amour et/ou la sexualité. Lire la suite


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