Accueil > ACF-NORMANDIE > Séminaires de l’ACF et activités des membres > « Actualité de la haine, Une perspective psychanalytique », avec Anaëlle (...)

Recherche

Par activités


Publié le dimanche 30 mai 2021

Après-midi de la Bibliothèque

« Actualité de la haine, Une perspective psychanalytique », avec Anaëlle Lebovits-Quenehen

Samedi 12 juin 2021 – Rouen

L’équipe de la Bibliothèque de l’ACF-Normandie a le plaisir de vous annoncer la venue d’Anaëlle Lebovits-Quenehen, membre de l’ECF, pour un après-midi de travail autour de son ouvrage Actualité de la haine, Une perspective psychanalytique.

En ces temps où les discours attisant la haine reviennent avec force, Anaëlle Lebovits-Quenehen nous propose une analyse, avec Freud et Lacan, de la logique dont la haine procède, et les voies qu’elle emprunte. L’auteure met en tension l’Autre comme objet de haine avec l’intime altérité qui nous habite, ce dont il appartient à chacun de se faire responsable.

Un contrepoison s’en extrait.

Ainsi, aujourd’hui plus que jamais, une réflexion commune et l’échange autour de ce livre, autour de cette question, avec la psychanalyse, est nécessaire.

Pour animer cette conversation, nous aurons le plaisir d’être accompagnées de Marie Izard Delahaye, membre de l’ECF, et de Catherine Grosbois, Déléguée régionale de l’ACF en Normandie, également membre de l’ECF.


Cet après-midi est organisé par l’équipe de la Bibliothèque. Nous espérons vivement que la situation sanitaire permettra de nous réunir ; selon la situation, une jauge de 25 personnes maximum pourra être mise en place.

Samedi 12 juin 2021 de 14h30 à 16h30.

Maison de la psychanalyse en Normandie,
48 rue l’Abbé de l’Epée, à Rouen (76).
Consulter le plan d’accès ».

Participation : 5 €

Inscription :
Contacter Dominique Leveillé par mail.

Renseignements :
Contacter Christelle Pollefoort ou Barbara Brière.


Télécharger l’affiche :


« Brève 3 » par Catherine Grosbois, Déléguée régionale de l’ACF en Normandie

« Lacan a pu dire que parmi les trois passions de l’être que sont l’amour, la haine et l’ignorance, la haine était le seul sentiment lucide1 » avec une référence au Séminaire XVIII D’un discours qui ne serait pas du semblant, écrit Caroline Leduc.
Elle retrace le parcours de Lacan depuis « les Complexes familiaux2 », via les formulations du Séminaire I, Les écrits techniques de Freud3 en 1954 en passant par le Séminaire XX, Encore4.
Cette bibliographie nous trace déjà un programme de lecture !
Mais elle ajoute un commentaire sur l’insulte, telle qu’elle le lit dans le cours inédit de Jacques-Alain Miller, « Le banquet des analystes ». Spécialement le cours du 13 Décembre 1989.
L’insulte « vise l’autre au point d’indicible ». C’est, dit-elle, « une tentative de dire la chose même, pour tenter de la cerner comme objet a, et ainsi d’isoler, de transpercer l’autre dans son être là. » Elle souligne que la haine peut alors être plus solide que l’amour, dans le fait que la formulation de l’insulte intervient au moment où, dans la défaillance de l’Autre comme lieu du signifiant, l’être du sujet comme petit a émerge, selon la formulation de Jacques-Alain Miller qu’elle cite. La colère, qui peut avoir d’autres issues que la haine, mais peut aussi trouver là, dans cette abjection de l’autre ainsi dévoilée, un solide objet qui peut être difficile à manier.
C’est alors que la possibilité de l’inconscient s’offre comme choix éthique depuis Freud. En effet, c’est la reconnaissance de cette altérité à nous-même qui peut nous mobiliser hors de la facilité de la haine. L’allègement clinique est constatable, particulièrement dans la forme du retour sur la personne propre. Nous pourrions en discuter.

A suivre !

Notes :
1 Caroline Leduc « La haine dans le lien social. Quelques conséquences cliniques », Scripta, 2017, ACF en CAPA.
2 Jacques Lacan, « Les complexes familiaux dans la formation de l’individu » (1938), Autres écrits, Paris, Seuil, 2001.
3 Jacques Lacan, Le Séminaire, Livre I, Les écrits techniques de Freud (1953-54), Paris, Seuil, 1975, p. 413.
4 Jacques Lacan, Le Séminaire, Livre XX, Encore (1972,73), Paris, Seuil, 1975.


« Brève 2 » par Christelle Pollefoort

« Le haineux rêve d’assurer au monde étroit qui est le sien une consistance homogène, analogue à l’intériorité par laquelle il rêve d’être habité » écrit Anaëlle Lebovits-Quenehen. Il rêve d’ un monde « fait d’étoffe sans aspérité, sans déchirement ni suture, unifié, ordonné, et sans différence1 » .
La question du rapport à l’Altérité est ainsi mise en exergue, tendue entre l’Autre comme objet de haine et l’intime Altérité qui nous habite.
J’aimerais ici tirer le fil des femmes comme cible privilégiée de la haine. Le rapport privilégié que les femmes entretiennent à leur propre altérité, à la Jouissance Autre, les amène à faire l’objet d’une haine féroce. En effet, « les femmes sont folles, disait Lacan, c’est-à-dire pas folles du tout2 » : Les femmes, ou plutôt le féminin, objecte volontiers aux ensembles fermés et à leur norme. En cela, elles attisent la haine des adeptes, peut-on dire des fous, du Tout.
Si les femmes (ou ceux qui se situent du côté du féminin) peuvent bien sûr faire partie d’un certain nombre d’ensembles, elles sont disposées à faire valoir le point d’où elles s’en distinguent. Ce point est un point de singularité, de l’ordre de l’incomparable. S’éprouvant plus volontiers Autres pour elles-mêmes, ayant plus volontiers le goût de l’altérité, les femmes viennent objecter à la norme, la « norme-mâle3 ». Cela ne va pas sans rappeler que le risque pour des mouvements de lutte féministe est de glisser vers la misandrie, une haine qui relève de ce dont relève toujours la haine, la haine du féminin !
Ainsi Anaëlle Lebovits-Quenehen invite à un « usage salutaire » de la folie féminine, du goût de l’Altérité, « face à des touts qui ont tendance à étendre leur exigence de compacité et d’exclusion d’éléments qui font tache4 ».
La psychanalyse, avec Lacan, ne reculant pas devant l’impossible, devant l’intime altérité, vise le féminin. Aussi, nous évoquerons comment l’éthique lacanienne consistant à ne pas céder sur son désir et à se faire responsable de sa propre altérité offre, face à la haine, un contre-poison.

Notes :
1 Annaëlle Lebovits-Quenehen, Actualité de la haine, une perspective psychanalytique, Navarin, 2020, p. 132.
2 Jacques Lacan, Télévision, p. 540.
3 Jacques Lacan, « L’étourdit », Autres écrits, p. 479.
4 Ibid., p. 119.


« Brève 1 » par Marie Izard

160 pages alertes, vives, décidées, sur un sujet percutant : la haine.
Anaëlle Lebovitz-Quenehen n’y va pas par quatre chemins : dès l’introduction, son écrit s’engage « contre1 ». Contre quoi ? Contre la bête immonde ! Dimension éminemment politique, sans faire l’impasse sur l’intime. Cet ouvrage est « donc un fil tendu entre l’Autre (haineux ou objet de haine) et l’intime de l’Altérité qui nous habite.
Dans le premier chapitre « Tous égaux, tous rivaux », sont envisagées les figures grimaçantes que revêt la haine, figures témoignant du malaise contemporain dans la civilisation marquée par le discours de la science et le capitalisme. Un paradoxe est mis en lumière : si la science, en tant que tous les organismes se valent et le capitalisme en tant qu’il œuvre à faire tomber les frontières, sont en cela déségrégatifs et égalitaires, paradoxalement, de nouvelles formes de ségrégations voient le jour. Lacan, déjà en 19672 le prévoyait !
L’auteur s’attache à décrire le nouveau désordre auquel nous avons affaire, elle nous propose des pistes de réflexion pour tenter de saisir cet étrange paradoxe. La montée fulgurante de l’extrême droite ou plutôt son retour comme incarnant une nouvelle forme de haine semble liée à « Un méchant trou de mémoire3 ». Mémoire morte, fossilisée, abrasée : ainsi en est-il de ce qui concerne l’histoire de la seconde guerre mondiale. Du fait du gel de cette mémoire, la haine se déploie, se dit à ciel ouvert. « La mémoire vivante et singulière d’un événement commence à se faner4 » et il y a passage de la mémoire à l’Histoire. « Là où la mémoire maintient l’anhistoricité de l’événement, l’Histoire le replace dans une chronologie. Là où la mémoire transmet essentiellement un trou, l’Histoire la transforme en contenu transmissible5 ». Mémoire abrasée, oubli, trou, autant de termes finement précisés par l’auteur.

Suite très prochainement...

Notes :
1Lebovits-Quenehen A., Actualité de la haine. Une perspective psychanalytique, Navarin éditeur, 2020, p. 20.
2Lacan J., « Proposition du 9 octobre 1967 sur le psychanalyste de l ‘Ecole », Autres écrits, Éditions du Seuil, Avril 2001.
3Titre du second chapitre de l’ouvrage étudié, p. 61-92.
4Lebovits-Quenehen A., Actualité de la haine. Une perspective psychanalytique, op. cit., p. 68.
5Ibid., p. 69.

Revenir à L’ACF-Normandie » ou à l’Accueil du site ».
Accéder à l’Agenda ».