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Publié le samedi 9 mars 2019

Université Populaire Jacques-Lacan

IRONIK ! – mars 2019

Le bulletin Uforca numéro 34


Léon-Spilliaert, La poursuite, 1910

Les comités d’éthique de l’intelligence artificielle

Ce lundi 4 mars, l’Unesco accueillait un colloque sur l’éthique de (IA). Devant l’impuissance à légiférer ou réglementer l’IA à l’échelle internationale, la volonté affichée par la directrice générale, Audrey Azoulay, est « de définir un socle de principes éthiques qui encadreraient cette disruption1 ». Se vérifie, une nouvelle fois, que « La nouvelle éthique se cherche, mais elle ne se trouve pas. Elle se cherche par la voie qu’Éric Laurent a soulignée comme étant celle des comités2. » Et, depuis quelques années, les comités d’éthique consacrés à l’IA se multiplient, à mesure que l’empire des nouvelles technologies s’étend – dernièrement, on a vu la création du G2IA (Groupe international d’experts en intelligence artificielle3). Ces comités, dans leur tentative de réintroduire un sens et des impératifs moraux au sein des innovations techniques, se heurtent à la dilution de la responsabilité qu’elles entraînent dans leur processus même.

Un rapport4 du COMEST (Commission mondiale d’éthique des connaissances scientifiques et des technologies) sur l’éthique de la robotique liste ainsi les dilemmes moraux posés par diverses technologies au regard du type d’algorithme qui les sous-tend. Par exemple, les véhicules autonomes disposent de processus décisionnels intégrés : « Comment le véhicule devra-t-il être programmé à se comporter dans l’éventualité d’un accident impossible à éviter ? Devra-t-il chercher à réduire au minimum le nombre de victimes, même si cela signifie sacrifier ses occupants, ou bien devra-t-il protéger ces derniers à tout prix ? ». D’autres questions éthiques sont soulevées quant à l’utilisation de robots dans les champs de la santé, de l’éducation ou de l’agriculture… et bien sûr quant aux futurs robots sexuels. Dans le domaine militaire, l’essor des armes autonomes interroge l’acte du soldat : comment le choix des différents paramètres, telle la distance entre le pilote d’un drone et son champ d’action, peut-il contribuer à aiguiser – ou pas – son « sens moral » ?

Au vu de la complexité des questions de conception et de programmation des robots, cette éthique qui se cherche tente de s’orienter de la traçabilité, c’est-à-dire « la possibilité de déterminer les causes de toutes les actions (ou omissions) antérieures d’un robot. » Or, dans le cas des robots dit « cognitifs », programmés pour être autonomes et poursuivre leur apprentissage en interaction avec leur environnement, la traçabilité pose problème. La responsabilité se dilue « entre le concepteur, l’ingénieur, le programmeur, le fabricant, l’investisseur, le vendeur et l’utilisateur », aucun de ces acteurs ne pouvant « être désigné comme la source ultime d’un acte ». La proposition des experts est donc de « mettre soigneusement en balance anticipation et expérimentation », de se fier aux estimations statistiques – soit d’établir un faisceau de normes en réponse à la responsabilité qui fait décidément symptôme à l’époque de l’Autre qui n’existe pas5.

Alice Delarue

Note :
1 « L’Unesco veut proposer des principes éthiques pour l’intelligence artificielle », LesEchos.fr
2 Miller J.-A., Laurent É., « L’orientation lacanienne. L’Autre qui n’existe pas et ses comités d’éthique », enseignement prononcé dans le cadre du département de psychanalyse de l’université Paris VIII, cours du 20 novembre 1996, inédit.
3 « Intelligence artificielle : la France et le Canada créent une « alliance des petits » », LaTribune.fr
4 « Rapport de la COMEST sur l’éthique de la robotique », UNESCO-bibliothèque numérique. Les citations suivantes en sont toutes extraites.
5 Cf. Miller J.-A., Laurent É., « L’orientation lacanienne. L’Autre qui n’existe pas… », op. cit.

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Le billet du cartel



Hâtez-vous de lire ce numéro d’Ironik ! très enthousiasmant, portant sur la position et le désir du psychanalyste.

Jean-Pierre Deffieux et Jean-Louis Gault poursuivent l’exploration du Séminaire Le transfert de Jacques Lacan à partir de la position de l’analyste dans la cure. J.-L. Gault commente magistralement les leçons XXIII et XXIV, précisant la nécessité de distinguer l’idéal du moi et le moi idéal avant de pouvoir dire la place de l’analyste dans la direction de la cure. J.-P. Deffieux retrace rigoureusement l’itinéraire de Lacan, en passant par Freud, à partir du dernier chapitre du Séminaire Le transfert, pour en interroger le titre : « L’analyste et son deuil ». De quel deuil s’agit-il ? Du deuil que doit faire l’analysant ou du deuil que doit faire l’analyste ?

Camille Monribot déplie très précisément le texte fondamental de Lacan : « Du “Trieb” de Freud et du désir du psychanalyste ». Ce texte augure un changement radical dans sa doctrine alors même qu’il venait d’être « excommunié » de l’IPA. C. Monribot en délivre le sel ainsi : « la boussole de l’analyste est celle de l’inconscient, qui n’est pas la croyance en des mœurs mais qui s’oriente de la prise en compte d’un réel outrepassant toute normalisation. » François Bony et Jeanne Joucla proposent, à partir de la lecture de « Télévision », de saisir quels sont les enjeux de l’éthique du bien-dire propre à l’éthique analytique. F. Bony s’intéresse au déplacement du dire le Bien chez Kant au bien-dire de l’expérience analytique. J. Joucla s’amuse à nous montrer comment Lacan, à partir du concept de lalangue et de la lecture de Baltasar Gracián, va qualifier de façon surprenante la place de l’analyste comme étant celle du saint.

Bonne lecture à chacun.e !

Patricia Wartelle

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Sommaire :

TRAVAUX D’UFORCA


La place de l’analyste, de l’idéal à l’objet
Jean-Louis Gault , Section clinique de Nantes

Nous allons commenter deux chapitres du Séminaire de Lacan sur le transfert, intitulés « Glissements de sens de l’idéal » et « L’identification par “ein einziger Zug” ». Ces deux chapitres appartiennent à la dernière partie du Séminaire, que Jacques-Alain Miller a placée sous le titre « Le grand I et le petit a ». Deux points sont abordés dans ces leçons. Premièrement, celui de la position de l’analyste dans la direction de la cure. Deuxièmement, la distinction entre moi idéal et idéal du moi. Au moment où Lacan parle, en 1961, la position de l’analyste est située, par les analystes, comme devant être celle de l’idéal du moi... Lire la suite »

L’analyste et son deuil
Jean-Pierre Deffieux, Section clinique de Bordeaux

« L’analyste et son deuil » est le titre donné par Jacques-Alain Miller au dernier chapitre du Séminaire Le Transfert. Ce titre n’est pas sans équivoque. Lacan y interroge la position de l’analyste dans le transfert en allant dans de multiples directions dont il laisse la plupart en suspens pour suivre son idée... Lire la suite »

À propos « Du “Trieb” de Freud et du désir du psychanalyste »
Camille Monribot, Section clinique de Rennes

Le texte « Du “Trieb” de Freud et du désir du psychanalyste » est le résumé d’une intervention que Lacan a faite à Rome deux ans auparavant, en janvier 1964, lors d’un colloque sur le thème « Technique et casuistique »... Lire la suite »

Lacan, le saint et Baltasar Gracián
Jeanne Joucla, Section clinique de Rennes

Deux des pages de « Télévision » dans sa partie III sont particulièrement jubilatoires. Lacan, dans une langue baroque, précieuse, théâtrale, y ménage comme des effets d’annonce ‒ l’analyste est un saint –, déploie des allitérations et ce néologisme qui séduisent nos oreilles – l’analyste, en position de déchet, décharite – et, enfin, s’emploie à détourner l’adage Plus on est de saints, plus on rit... Lire la suite »

Éthique du Bien-dire et éthique dite « du célibataire »
François Bony, Section clinique de Nice

Nous parlerons ici du fait que bien des célibataires sont mariés, et que d’autres, parfois les mêmes, sont eux appareillés à la drogue, à internet ou à leur organe. Il n’est pas évident, côté homme, de sortir de l’éthique du célibataire, car pour beaucoup il est plus facile d’aller à confesse que de s’adonner au bien-dire.. Lire la suite »


NOS LANCEURS D’ALERTE


L’AMOUR EST UNE MARGUERITE
La caresse
Pénélope Fay

L’analyse a mis l’amour au « centre de l’expérience éthique », dit Lacan au début du Séminaire VII. Bien loin de l’amour doucereux brandi par les moralistes, c’est un amour percé de part en part par une érotique. Cet érotique donne du mouvement à l’amour. Ce n’est plus l’amour aux fragrances mortelles à l’œuvre dans le narcissisme, fixe et immuable, où l’autre ne doit pas bouger d’un iota pour que je puisse m’y mirer sans remous. Lire la suite »

S.K.BEAU
De quoi suis-je donc le nom ?
Élise Clément

Avec José Rambeau qui a publié son premier roman, Montorgueil, le chemin de traverse, aux engagées éditions L’Œil du Souffleur – il s’agit de la reprise d’un texte remanié, publié à compte d’auteur, il y a quarante ans – c’est en chiasme que l’écriture et la psychanalyse se nouent dans le temps logique que seule une analyse dégage de son Wo Es war soll Ich werden. Même la matière fictionnelle se fait ici mise en abîme de la trajectoire de l’auteur... Lire la suite »


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