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Publié le jeudi 31 mai 2018

Dans l’après-coup de la 2e journée d’étude de la FIPA

« Paradoxes de la demande » - 17 mars 2018

un texte d’Elodie Guignard

Le 17 mars 2018, s’est tenue la deuxième journée de la FIPA, au sein du couvent des Jacobins, Palais des Congrès de Rennes.

Qu’est ce que la FIPA ?

La FIPA est la fédération des institutions de psychanalyse appliquée qui a vu le jour en mars 2015. Elle a pour objet de coordonner des institutions cliniques orientées par l’enseignement de Lacan, en France et en Belgique francophone. Elle regroupe les 16 Centres psychanalytiques de Consultations et Traitement (CPCT) et 17 initiatives spontanées inspirées des CPCT sans en être. Cette 2e journée de la FIPA a permis à chacun d’exposer les différents fonctionnements de ces dispositifs.

Pourquoi me rendre à cette journée ?

J’ai souhaité participer à cette journée car ce titre énigmatique, « les paradoxes de la demande », a piqué ma curiosité. Il vient faire écho à mon questionnement sur la clinique. La demande que je rencontre régulièrement est avant tout la demande de l’Autre : l’Autre soignant, parental ou éducatif. Ces demandes ne font pas systématiquement l’objet d’un travail d’élaboration. En institution, elles deviennent des exigences auxquelles il faut répondre pour quelquefois soulager le professionnel demandeur. Qu’en est-il alors du sujet et de sa propre question ? L’action prime dans une recherche de soulagement immédiat et de normalisation.

Cette approche institutionnelle vient en contradiction avec le travail au sein du CPCT de Rouen. Ce lieu hors-les-murs m’a permis de me confronter aux demandes actuelles des sujets eux mêmes. La demande est alors l’objet d’une réflexion et de rencontre avec un premier analyste permettant ce travail d’émergence de la question singulière et de la parole. La demande ne fait alors pas l’objet d’une réponse mais est le début d’une élaboration, une ouverture vers une possibilité de prise de parole pour le sujet hors de l’impératif surmoïque.

Devant ce paradoxe de la demande, j’ai voulu en savoir un peu plus sur ce point essentiel, qui se trouve être au départ de toute rencontre avec un psychologue.

Le travail de la demande en CPCT :

La journée du 17 mars fut très dense. Les 19 interventions se sont organisées autour de 6 séquences cliniques amenant les différents intervenants à aborder la demande telle qu’elle apparaît de nos jours : demande de sujet exilés d’eux-mêmes, de leur pays ou de la société moderne.
L’ensemble des intervenants nous ont fait part de leur manière d’accueillir la demande parfois complexe et emberlificotée : cet analysant dont le monde est gouverné par un idéal homéostatique et qui dépose la demande du coté de l’analyste, cette femme arrivant au sein du lien POPI qui est dans un dénouement symbolique et reste muette… De plus en plus de sujets viennent dans ces lieux alors qu’une demande n’est pas formulable puisqu’ils sont perdus et que de passer de S1 à S2 ne leur est pas possible. La demande ne va donc pas de soi. Damien Guyonnet dira qu’elle est le résultat d’un effet thérapeutique préalable. Au sein de ces lieux thérapeutiques, l’Autre qui reçoit, l’analyste, est vidé de sa jouissance. Ce sont alors des lieux où le sujet peut être entendu et où quelque chose de fondamental peut émerger dans cet accusé-réception que la rencontre au sein de CPCT permet. Gil Caroz présentera le paradigme du traitement en CPCT comme un rebranchement du sujet à lui même.

La demande et le psychanalyste :

Laurent Dupont précise que le psychanalyste n’aime pas la demande quand elle est du surmoi et qu’elle écrase le désir. La demande en analyse est à entendre à travers la dimension de son au-delà c’est-à-dire le désir. C’est sur ce point que le décalage se situe entre la demande sociale, celle des institutions et la demande dans le cadre de la psychanalyse. L’analyste ne s’applique pas à rendre la demande homogène mais plutôt singulière. Ainsi ce qu’il y a à entendre dans la demande c’est ce qui est adressé à l’analyste c’est-à-dire le désir. Laurent Dupont précisera le psychanalyste a donc une position subversive par rapport à la demande telle qu’elle est conçue à notre époque.

Ces nouveaux lieux thérapeutiques sont des lieux d’accueil de ceux qui sont exclus du discours moderne marqué par l’évaluation et la question de la norme. Des lieux pour accueillir le singulier, un parlêtre, un sujet aux prises avec sa propre jouissance.

Elodie Guignard

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