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Publié le mercredi 28 mars 2018

Université Populaire Jacques-Lacan

IRONIK ! – mars 2018

Le bulletin Uforca numéro 29

Francisco de Goya,
Le Sabbat des sorcières, 1819-1823




La marche du monde



L’idée qu’il y aurait une marche du monde, que celui-ci, par certains côtés du moins, pourrait tourner rond, n’a jamais semblé aussi loin. Au milieu des années 70, Lacan pointait ces « choses qui font que le monde est immonde1 », et qui le révèlent bien souvent comme étant un monde d’angoisse.

« C’est vrai, indiquait-il encore, il y a autour de nous des choses horripilantes et dévorantes […] Mais ce n’est que parce qu’il existe des gens qui se laissent phagocyter ». « Ma réponse à tout cela, c’est que l’homme a toujours su s’adapter au mal. Le seul réel qu’on puisse concevoir, auquel nous avons accès est justement celui-ci, il faudra bien s’en faire une raison : donner un sens aux choses […] Autrement, l’homme n’aurait pas d’angoisse2. »

Malheur aux psychanalystes qui ne seraient pas suffisamment cuirassés contre l’angoisse, prévient Lacan ! Car ils ont pour tâche de se tourner vers ce qui dans le monde ne tourne pas rond, et en cela « ils sont beaucoup plus affrontés au réel même que les savants ; ils ne s’occupent que de ça. Et comme le réel, c’est ce qui ne marche pas, ils sont en plus forcés de le subir, c’est-à-dire forcés tout le temps de tendre le dos3 ».

C’est déjà quelque chose, conclut Lacan, que de l’angoisse ils puissent parler, et c’est ce qui fait l’objet de ce numéro d’Ironik ! Vous y verrez qu’il se vérifie que bien qu’elle puisse sembler parfois mondialisée, virale, universelle, il n’existe pas d’angoisse de masse. La tâche de l’analyste, face à cet affect qui ne trompe pas, est dès lors « de trouver dans la parole du patient le rapport entre l’angoisse et le sexe, ce grand inconnu4 ».

Ironikement vôtre,

Alice Delarue

Note :
1 Cf. Lacan J., « Entretien avec Emilio Granzotto » (1974), Magazine Littéraire, no 428, février 2004, republié dans La Cause du désir, n° 88, en 2014. 2 Cf. Lacan J., Conférence de presse au centre culturel français, Rome, 29 octobre 1974, parue dans les Lettres de l’École freudienne, n° 16, 1975, p. 6-26.
3 Ibid.
4 Cf. Lacan J., « Entretien avec Emilio Granzotto », op. cit.

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Le billet du cartel



Ce nouveau numéro d’Ironik ! vous propose un parcours sur la conceptualisation de l’angoisse, rendant compte de ses remaniements à partir de l’expérience analytique, et s’inscrivant dans le fil du prochain Colloque Uforca, « Moments traumatiques1 » qui aura lieu en juin à Paris.

Comment naît l’angoisse ? C’est à partir de cette question que Françoise Haccoun propose de nous présenter de manière précise la recherche tâtonnante de Freud, ses points de butée, d’élucidation et de renversements théoriques. La place centrale de l’angoisse dans la névrose le conduit à poser le paradoxe inhérent à cet affect : c’est un phénomène en lien étroit avec les vicissitudes de la libido et c’est un signal du danger de castration. Ce primat de l’angoisse de castration sera remis en cause dans sa seconde théorie, où c’est la perte d’amour qui produit l’angoisse pour le sujet hystérique.

L’objet est-il ou non le réel ?, c’est la question que Noémie Jan reprend de Lacan, à partir d’une lecture de la deuxième leçon du Séminaire La relation d’objet. Vous pourrez lire le développement du cas Sandy qui présente une phobie transitoire, mais nécessaire au moment où elle repère la castration maternelle.

Ces points conduiront Lacan à renouveler la place conceptuelle de l’angoisse par rapport au désir, au-delà de l’angoisse de castration. Solenne Albert nous donne les conditions de l’angoisse à partir d’une lecture des deux premières parties du Séminaire X, en soulignant combien c’est moins le manque, la perte qui conditionnent l’angoisse que la possibilité de la présence imminente de l’objet, quand le manque vient à manquer. Nicole Guey resserre la structure de l’angoisse, à partir de la lecture de Lacan dans le Séminaire X de l’inquiétante étrangeté de Freud, donnant à l’angoisse le cadre du fantasme.

L’angoisse est-elle l’envers de la vie contemporaine ? Pierre Stréliski nous invite à y voir de plus près, en assistant à une leçon à part, déportée du Séminaire L’envers de la psychanalyse, qui reprend une causerie se déroulant avec Lacan sur les marches du Panthéon le 13 mai 1970. Des questions des étudiants, il extrait un fil rouge – l’angoisse –, et nous amène vers la manière de penser et de conduire l’expérience analytique en s’orientant du réel. Le mythe œdipien est en effet une explication impuissante à traiter l’angoisse humaine. Quelles sont dès lors les modalités du traitement de l’angoisse ? Vous y lirez comment l’amour, le transfert trouvent leur place.

Aujourd’hui, l’enfant est-il confronté à des vagues d’angoisse virale ? C’est ce que propose d’explorer Netta Nashilevich, dans son texte « L’enfant, son angoisse et son Institution ». Du Petit Prince à Baby Boss, elle déplie une lecture du monde contemporain et de notre rapport aux nouveaux gadgets. Sa vignette clinique nous indique la voie d’un déplacement nécessaire pour ouvrir vers une angoisse qui touche au plus intime du sujet.

Patricia Wartelle

Note :
1 Renseignements et inscription »

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Sommaire :

TRAVAUX D’UFORCA


Un monde d’angoisse
Pierre Stréliski, Section clinique de Bordeaux

Nous sommes le 13 mai 1970. Cela fait juste deux ans qu’un million de manifestants traversaient Paris et que commençait une grève générale qui allait marquer une prise de pouvoir inédite de la jeunesse. En 1969, Lacan, en tout cas la nature de son enseignement, avait été jugé suffisamment révolutionnaire ou révoltant pour qu’il se soit vu une nouvelle fois interdire la poursuite de son séminaire, cette fois-ci à l’ENS. L’université de Vincennes, ancien îlot insurrectionnel, accueillit le docteur Lacan le 3 décembre 1969, une semaine avant qu’il ne commence son Séminaire sur L’envers de la psychanalyse… Lire la suite »

La structure de l’angoisse
Nicole Guey, Section clinique d’Aix-Marseille

L’Unheimlich, l’inquiétante étrangeté dont parle Freud en 1919, est un concept qui désigne ce qui provoque l’angoisse. Dans son « Introduction à la structure de l’angoisse », Lacan précise que ce texte de Freud est « la cheville indispensable pour aborder la question de l’angoisse ». Il ajoute : « L’Unheimlich est ce qui apparaît à la place où devrait être le moins phiLire la suite »

L’inconscient lacanien : une béance
Élisabeth Pontier, Section clinique d’Aix-Marseille

« L’inconscient se manifeste toujours comme ce qui vacille dans une coupure du sujet ». Jusqu’ici quelle était la conception de l’inconscient pour Lacan ? Sa conception était freudienne : celle d’un inconscient structuré comme un langage, c’est-à-dire que dans l’inconscient « ça parle » et ça obéit à des lois… Lire la suite »

L’enfant, son angoisse et son Institution
Netta Nashilevich, Section clinique de Nantes

Le Petit Prince, l’œuvre immortelle d’Antoine de Saint-Exupéry, met en scène un enfant sensible, qui essaye de comprendre le drôle de monde qui l’entoure, sans l’aide d’un adulte suffisamment attentif. C’est un ouvrage sur l’angoisse de la solitude existentielle et sur le monde des objets de la Nature : un désert, des étoiles, un serpent, une rose, un mouton… Lire la suite »

Angoisse, libido et structure hystérique
Françoise Haccoun, Section clinique d’Aix-Marseille

À la question « Comment naît l’angoisse ? », Freud nous a montré dès les tout débuts de son œuvre qu’elle est imputable à la sexualité et en particulier au coït interrompu. Il a formulé qu’il entraîne inévitablement chez la femme une angoisse névrotique (…) Freud en déduit que l’angoisse découle d’une transformation de la tension sexuelle accumulée… Lire la suite »

Les conditions de l’angoisse
Solenne Albert , Section clinique de Nantes

Tout un chacun a affaire à l’angoisse. En ce sens, l’angoisse n’est pas un affect qui permettrait de poser un diagnostic. Quelles sont les différentes situations où l’angoisse peut être rencontrée ? Quelles sont ses conditions ? Peut-elle être une boussole ? Dans son cours, J.-A. Miller propose une introduction à la lecture du Séminaire L’AngoisseLire la suite »

L’objet est-il ou non le réel ?
Noémie Jan, Section clinique de Rennes

C’est l’interrogation de Lacan dans la deuxième leçon du Séminaire IV. Il pose cette question en référence au courant psychanalytique majeur de l’époque, les post-freudiens, et épingle leur « déviation de la théorie analytique » concernant leur conception de la relation d’objet. Lacan rappelle dans sa leçon introductive que la relation d’objet n’est pas dans les textes freudiens… Lire la suite »


NOS LANCEURS D’ALERTE


L’amour est une marguerite
Le plaisir de dire non
Pénélope Fay

À l’heure où les femmes se font entendre par la voix de la généralisation, à l’heure où le refus s’entend comme une affirmation indubitable, indivisible et univoque, ce « non », pourtant souvent si justement brandi, peut parfois trouver à se décliner autrement. Si le refus peut être réaction et défense à des assauts indésirables, il ne se cantonne pas toujours à ce rôle… Lire la suite »

S.K.beau
Le style ironique est une attitude
Philippe Lacadée

« Style », tel est le titre d’un microgramme de Robert Walser, lettre écrite à Otto Pick, datée du 29 avril 1925, que Walser recopia et envoya à des rédactions de journaux. On n’en retrouva jamais la version imprimée ni celle transcrite à la plume. « Quiconque se comporte bien a du style », déclare Walser dans ce bref écrit… Lire la suite »


LACAN SENS DESSUS DESSOUS


Myriam Chérel interviewe Dominique Holvoet

Myriam Chérel interviewe Dominique Holvoet, psychanalyste à Bruxelles, membre de l’ECF et de l’AMP, AE en exercice, à propos de cet extrait du Séminaire « R.S.I. » de Jacques Lacan : « Un père n’a droit au respect, sinon à l’amour, que si le dit, le dit amour, le dit respect, est […] père-versement orienté, c’est-à-dire fait d’une femme, objet a qui cause son désir »… Lire la suite »

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