L’Edito de la déléguée régionale de l’ACF-Normandie

Prélude de décembre

Décembre 2017

Dimanche 3 décembre 2017, par BB // ACF-NORMANDIE


La fin de l’année approche et avec elle, la fin de mon mandat : ce sera le temps de la permutation. C’est à Marie Izard-Delahaye que je passerai le relais et j’en suis heureuse pour l’ACF-Normandie. De nouveaux responsables, de nouvelles équipes, de nouvelles mises du désir. C’est l’occasion pour moi de remercier chaleureusement tous ceux qui ont œuvré ces deux dernières années au sein des bientôt « anciennes » équipes, pour que souffle le vent du Champ freudien dans notre ACF et pour que l’esprit de l’Ecole (ECF, Ecole de la Cause freudienne), le désir de psychanalyse portent la réalisation de toutes les tâches concrètes effectuées – qui n’ont pas manqué, loin de là !

Ce tourbillon méthodique de la permutation nous entrainera vers ce qui est d’ores et déjà notre actualité : celle du XIe Congrès de l’AMP qui se tiendra début avril à Barcelone sous le titre « Les psychoses ordinaires et les autres, sous transfert ». Comme l’indiquent leurs Directeurs, Ana Aromi et Xavier Esqué, ce titre « a la vertu d’interpréter, ou du moins d’interpeler, quelque chose du vif de la clinique psychanalytique actuelle. Le vif, ce bout de réel que l’expérience analytique ne cesse de rencontrer. Poursuivre dans la brèche ouverte par l’enseignement de Lacan – le dernier et l’autre – c’est ne pas se soustraire à ce réel, proprement analytique. » Ils nous mènent dans leur remarquable texte de présentation sur le chemin qui fut celui de Lacan, auquel nous emboitons le pas grâce au commentaire continu de Jacques-Alain Miller qui en a dégagé l’orientation et la cartographie : en partant d’une clinique du signifiant, binaire et discontinue (névrose ou psychose, présence ou absence du signifiant du Nom-du-Père) pour aboutir à la « clinique du sinthome » souvent qualifiée de « continuiste » dans la mesure où les frontières des structures cliniques sont estompées au profit des « nœuds » du « parlêtre » qui, névrosé ou psychosé, doit inventer de façon singulière un traitement de la jouissance qui vaut pour lui et pas pour tous.

Ana Aromi et Xavier Esqué formulent ainsi ce point d’Archimède de l’orientation lacanienne : « Sur son chemin vers le réel, Lacan a découvert que pas toute la jouissance ne se laisse négativer par la signification phallique. La psychanalyse devait lâcher la main du père en tant qu’opérateur unique, pour répondre aux défis d’une praxis qui se doit de contrer le réel. Avec la pluralisation des Noms-du-Père d’abord, puis par la considération de solutions singulières ouvertes avec Joyce, la fonction du Nom-du-Père perdait son exclusivité comme traitement de la jouissance et devait s’inclure, soit à titre de semblant, soit à titre de symptôme, dans une perspective plus large. » Enfin, ajoutons avec eux que « sous transfert signifie faire un choix sans concession. Border le trou par du savoir qui soutient une expérience analytique signifie choisir de soumettre la pratique de chaque jour à une orientation précise. C’est pourquoi, en tant qu’analystes, nous ne pouvons être éclectiques, ni thérapeutes, ni (ré)éducateurs : nous ne pouvons pratiquer la psychanalyse qu’en traitant la jouissance du parlêtre par l’apparole, en cherchant à ce qu’une existence soit possible, pas sans les voies d’un désir. Suivre Lacan dans l’orientation lacanienne est un acte de transfert et, comme tel, un acte d’amour. » Voilà qui nous donne envie de préparer le Congrès dans notre ACF et d’y participer – les inscriptions sont ouvertes !

Cette question du « parlêtre » et du symptôme pris dans la perspective élargie du traitement singulier, nécessairement à inventer, de la jouissance, pas sans le transfert, sera aussi au cœur de la Journée clinique organisée par l’ACF Normandie le 10 février à Rouen sous le titre « Accueillir ce qui cloche. Le pari de la psychanalyse ». Le discours analytique est ce qui permet d’accueillir « l’impossible à supporter » pour un sujet en souffrance, alors que tous les autres discours ne peuvent qu’éviter, vouloir effacer, exclure ou stigmatiser cet insupportable qui touche à l’horreur de savoir. Car l’impossible à supporter peut l’être aussi pour les professionnels de l’accueil, du soin et de l’accompagnement particularisé – qu’il ne le soit plus (insupportable), qu’un déplacement fécond soit possible faisant sa place au parlêtre en déréliction, en pleine subduction par le réel, tel est le pari de la psychanalyse pour les professionnels qui s’en orientent.

Notre époque est marquée par une formidable poussée de l’angoisse, aux expressions sociales variées, depuis la fuite dans des « protocoles » bureaucratiques jusqu’aux extrêmes d’une ségrégation dont Lacan nous indiquait que les camps de concentration nazis n’étaient que les précurseurs, en passant par le laisser tomber, sans soins, sans lieu ni lien, sans accueil ni asile – ce que Foucault dans sa biopolitique avait formulé « faire vivre et laisser mourir ».

Nous avons invité pour cette journée notre collègue Mariana Alba de Luna, membre de l’ECF et co-fondatrice de La main à l’Oreille. Elle nous aidera dans la discussion et le commentaire des interventions des praticiens de l’accueil orienté par la psychanalyse que nous avons sollicités : travaillant en CMP, hôpitaux de jours, association dédiée à l’insertion, service psychiatrique dédié à la précarité – et donc à l’accueil et l’accompagnement des migrants demandeurs d’asile. Une mention spéciale sera faite pour deux créations institutionnelles : Geppetto qui accueille des enfants et adolescents en voie de « débranchement » et Les petits inventeurs, une Maison d’Assistantes Maternelles (MAM) qui accueillent des enfants autistes. Vous recevrez prochainement le texte de présentation de cette Journée et son programme !

Je terminerais sur une note plus douloureuse en évoquant la disparition de notre cher collègue, Serge Cottet, membre éminent de l’ECF et enseignant inlassable au Département de psychanalyse de Paris 8 ; cette perte irréparable nous plonge dans la tristesse. Pour affronter cette tristesse que beaucoup d’entre vous partagent, nous vous proposons de lire le commentaire conclusif, lumineux, que Serge Cottet nous avait livré lors de la Conversation clinique organisée par l’Antenne clinique de Rouen en juin 2012. Je suis sûre que tous les participants d’alors s’en souviennent ! Il nous restera ses nombreux textes de référence et son style si original, loin des sentiers battus. In memoriam.

Marie-Hélène Doguet-Dziomba, Déléguée Régionale (jusqu’au 31 décembre).

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