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Publié le lundi 6 novembre 2017

L’Edito de la déléguée régionale de l’ACF-Normandie

Prélude de novembre

Novembre 2017

JPEGDans moins de trois semaines auront lieu les J47 de l’ECF autour du thème désormais fameux « Apprendre : désir ou dressage ». Une reformulation radicale de cette thématique : « Apprendre, avec ou sans l’Autre », nous entraine au cœur brulant de l’aggiornamento effectué dans le Champ freudien depuis ces vingt dernières années, pour une psychanalyse du « parlêtre » au XXIe siècle. Elle nous amène aussi au travail fait dans ce sens dans l’ACF-Normandie, en particulier lors du Séminaire interne – animé par le travail d’un cartel autour du livre d’Éric Laurent L’envers de la biopolitique. Une écriture pour la jouissance.

En effet « Apprendre, avec ou sans l’Autre » peut être lu avec le dernier enseignement de Lacan comme « à-prendre, avec la jouissance ». Comme le rappelle Éric Laurent dans le chapitre « De la sublimation comme jouissance » (qui sera à l’étude lors de la prochaine séance du Séminaire interne), nous partons de « la jouissance comme ce qui change tout et détermine la bascule vers « l’Autre Lacan ». La jouissance figure à l’index raisonné des Ecrits en tant que liée à la castration, marquée d’un moins, négativable. A partir du Séminaire Encore, la jouissance n’est plus négativable : « Le point de départ de cette perspective n’est pas le Il n’y a pas de rapport sexuel, mais au contraire un Il y a. Il y a jouissance1. »2 » Le symbolique et l’Autre ne sont plus premiers.

Dès lors tous nos concepts sont à repenser à partir de ce « premier avoir » qui est un avoir du « corps » : le corps, « on l’a », ce qui ne suppose pas que je peux dire que c’est le « mien » ; à ce niveau fondamental, il n’y a pas de « moi », il s’agit d’une « attribution » d’avant le stade du miroir, d’avant que j’ai une « forme » garantie par l’Autre, que je considère en tant que « moi » : ce corps est « le produit d’une opération d’impact du dire3 », c’est un « trou » (et non un vide), il est marqué du trauma (« trouma »), celui de la percussion par le signifiant conçu dans sa dimension de Un – le corps est trou car c’est ce dont il n’y a pas d’idée, pas de représentation ; et puis dehors, il y a l’image et avec cette première représentation « l’homme fait le monde4 », le « parlêtre » tente de remplir le trou avec une « croyance » qui est aussi bien « méconnaissance », refus et « négation de l’inconscient » : le « parlêtre » peuple ce lieu de refus premier, de la croyance aux idéaux de la culture, ceux du sens commun, que l’on peut résumer du Beau, du Vrai, du Bien – autant d’idéaux universels qui permettent au « parlêtre » de se croire « maître de son être » en méconnaissant la jouissance de la parole qui inclut le sens et donne naissance à ces idéaux – Lacan a nommé cette croyance-méconnaissance : « escabeau ». Il s’agit ici d’une reformulation de la sublimation selon le dernier Lacan, concept central pour saisir ce qui est en jeu dans « Apprendre, avec ou sans l’Autre ».

« Apprendre » en psychanalyse ne va pas sans une critique de la sublimation – pas de vision sublime, mais « parler avec son corps-escabeau, c’est passer par les défilés du sens, qui va engendrer les universaux, et cela suppose une jouissance particulière qui s’éprouve avec le corps : la jouissance de la parole5. » Une psychanalyse apprend qu’il faut passer par cette jouissance liée au sens avant d’atteindre le hors-sens, soit un autre registre de la jouissance qui, lui, exclut le sens – il s’agit ici de la jouissance propre au « sinthome », ce concept du dernier Lacan qui reformule le symptôme dans la perspective dégagée par le « il y a » de la jouissance. Comme le notait Jacques-Alain Miller, « le dernier enseignement de Lacan est plus réaliste de ne pas se régler sur le langage [l’Autre] mais sur lalangue, conçue comme une sécrétion d’un certain corps et qui s’occupe moins des effets de sens qu’il y a que de ces effets qui sont affects […] Ce que Lacan appelle le sinthome, c’est l’affect irréductible à l’effet de sens6. »

Sur le chemin que nous indique cette critique de la sublimation, l’analyse se centre sur le rapport au réel, elle diffère le rapport à l’Autre. Elle le fait en redéfinissant le sens qui n’est plus seulement lié à la jouissance de la parole, « la parlote », et la « communication » où il s’agit de s’entendre avec l’Autre sur le sens. Le sens devient la « nomination », « nommer » ajoute au réel quelque chose qui fait sens, un « fait » ; « à partir du fait qu’on nomme, il y a des choses dont on suppose qu’elles ne sont pas sans fondement dans le réel7 », on instaure ainsi un rapport entre le sens et le réel. Ce que nous « nommons » tient non sur une « référence » garantie par la communication et par l’Autre, mais sur « un corps jouissant dans sa singularité », c’est la seule « référence » qui vaut en psychanalyse, une « référence » paradoxale puisqu’elle ne vaut que pour un corps parlant et pas pour tous. Grâce à l’analyse, c’est avec ça que chacun peut se débrouiller, savoir y faire avec la jouissance propre au sinthome, car c’est cela que nous avons à manipuler, pas sans que l’on sache « pourquoi on en est empêtré. » Cette nouvelle définition du sens passe par la fonction de la nomination, à distinguer du registre de la jouissance de la parole évoquée plus haut à propos de la sublimation ; ici s’ouvre le chapitre du « savoir y faire avec son symptôme », les noms que nous trouvons dans une analyse sont autant de signifiants nouveaux par l’usage qu’ils rendent possible – le réel s’en trouve subverti parce que cerné, serré. Voilà une formule inédite de « l’apprentissage » !

Comme le note Sonia Chiriaco dans le dernier Hebdo-Blog, Lacan a fait un long détour avant de constater « que la fin de l’analyse consistait plutôt à se débrouiller avec son sinthome, à savoir y faire, à savoir le manipuler. « L’analyse ne consiste pas à ce qu’on soit libéré de ses sinthomes… L’analyse consiste à ce que l’on sache pourquoi on en est empêtré » dira-t-il dans « Le moment de conclure ». « Savoir y faire avec son symptôme c’est là la fin de l’analyse… Il faut reconnaître que c’est court », ironise Lacan dans « L’insu que sait… ». Cette remarque, en effet, contraste avec la durée de l’analyse ; elle renvoie néanmoins à ce peu de chose essentiel qui reste à la fin de l’opération analytique, ce sinthome, reste indivisible, irréductible, nécessairement concis, indispensable au sujet, avec lequel il devra se débrouiller. Une nouvelle version de l’apprentissage, plutôt inouïe8 ! »

Vous pouvez encore vous inscrire aux J47 ! Vous pouvez aussi vous inscrire au Séminaire interne en me le demandant.

Marie-Hélène Doguet-Dziomba, Déléguée régionale de l’ACF-Normandie


Notes :
1- Jacques-Alain Miller, « Les six paradigmes de la jouissance », La Cause freudienne n° 43, oct. 1999, p. 26.
2- Eric Laurent, L’envers de la biopolitique. Une écriture pour la jouissance, Navarin Le Champ freudien, 2016, p. 99.
3 Ibid., p. 97.
4 Ibid., p. 94.
5 Ibid., p. 104.
6 J.-A. Miller, « Pièces détachées », La Cause freudienne n° 61, p. 150. Cité par Eric Laurent, op. cit., p. 84.
7 Eric Laurent, op. cit., p. 83.
8 Sonia Chiriaco, « Le savoir inconscient est-il déjà là ? », L’Hebdo-Blog n° 119.

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