ARTS-Connexion - Théâtre et Psychanalyse

LETZLOVE - PORTRAIT(S) FOUCAULT

Mercredi 1er mars 2017 - 20h - Mont-Saint-Aignan

Lundi 27 février 2017, par MB // Lire, Ecouter, Voir


ARTS-connexion, séminaire de l’Association Cause Freudienne en Normandie en association avec le Centre Dramatique de Normandie

vous invite à une soirée au Rexy

LETZLOVE - PORTRAIT(S) FOUCAULT

Michel Foucault

Thierry Voeltzel


Adaptation et mise en scène Pierre Maillet
Dialogue intime et libertaire entre Michel Foucault et un jeune homme de 20 ans.

à partir du livre de Thierry Voeltzel Vingt ans et après édité aux éditions Verticales

avec Maurin Olles et Pierre Maillet

Avec la participation de Fabrice Bourlez, psychologue, philosophe et enseignant à l’Ecole des Beaux- Arts de Reims pour une conversation ouverte avec Pierre Maillet, metteur en scène et acteur.


Eté 1975. Un jeune homme fait du stop sur l’autoroute en direction de Caen. Le conducteur qui s’arrête a un look inhabituel : un homme chauve, avec des lunettes cerclées d’acier, un polo ras du cou et une curiosité constante pour son jeune passager. Ils échangent leurs coordonnées avant de se dire au revoir. Le soir, chez Thierry Voeltzel, le jeune auto-stoppeur, le téléphone sonne. Son père décroche puis lui passe le combiné : “Michel Foucault pour toi au téléphone.”

De la série d’entretiens entre le philosophe et Thierry Voeltzel, homosexuel et militant d’extrême gauche, naîtra un livre, sondant la jeunesse libertaire, interrogeant une nouvelle manière de fonder la place du sujet dans la société. Ce livre, Foucault ne voudra pas le signer de son nom : “S’il y a mon nom, on ne lira pas ce que tu dis.” Il suggère à Thierry de le publier sous un nom anagramme : « Letzlove ». C’est finalement sous son vrai nom que Thierry Voeltzel publiera ce recueil de dialogues, vivant, intime, politique.

C’est l’adaptation et transposition scénique de Pierre Maillet que nous découvrirons le 1er mars 2017 prochain, suivie d’une une conversation ouverte avec Pierre Maillet, menée par Catherine Dewitt et Fabrice Bourlez, qui nous fait le plaisir de nous accompagner pour cette soirée.

15 places réservées pour les personnes liées à l’ACF-Normandie le mercredi 1er mars. Réservez sans tarder en appelant la billetterie du CDN-Normandie au 02 35 03 29 78 ou au 02 35 70 22 82.

Il est aussi possible d’assister à la représentation (sans conversation) les mardi 28 février, jeudi 2 mars, vendredi 3 mars à 20h ainsi que le samedi 4 mars à 18h. Pour plus d’informations consulter le site du Centre Dramatique de Normandie

Dans l’après-coup de la soirée...

« Je crois qu’il faut commencer par raconter ta vie comme ça, à l’état brut. ».

C’est ainsi que Michel Foucault invite le « garçon de vingt ans1 » à déplier sa pensée sans réserve dans une conversation libre, serrée, jalonnée de rires, qui puisse témoigner de 68. Le jeune homme, muni d’un micro, en patte d’eph’, chemise au large col et débardeur à losanges, est seul sur scène, amusé par les questions de son aîné qui semblent ainsi fuser du public. En effet, l’acteur-metteur en scène, Pierre Maillet, a choisi d’être Foucault qui se tient dans la régie, derrière le public, « arbitre tout puissant » mais invisible, qui laisse ainsi entière la lumière sur ce jeune de 20 ans, souriant et déterminé, « reflet de la jeunesse, la candeur, la fougue et la ferveur de ces années 1970 où « tout est politique » : le travail comme le sexe, l’amour ou la famille2 ». Il y a là une grande complicité entre le jeune homme et celui qui pourrait être son père, entre le jeune homme, militant actif dans les mouvements homosexuels et maoïstes d’après Mai 68, et son mentor sensible et respectueux de cette force de vie et qui souhaite, pour la publication de ces échanges enregistrés, rester dans l’ombre.

En effet, la pièce Letzlove, anagramme de Thierry Voeltzel, est issue du livre Vingt ans et après3 paru en 1978, retraçant l’ensemble de ces entretiens entre un inconnu de 20 ans et le philosophe célèbre qui avait tenu alors à garder l’anonymat. Michel Foucault, après avoir analysé le pouvoir dans ses différentes déclinaisons, s’efforce de le concevoir non plus seulement comme « pyramidal », symbolisé par une personne ou un groupe, mais aussi comme « réseau de pouvoir qui fonctionne dans une société et la fait fonctionner4 », un pouvoir davantage saisi de façon horizontale, du côté des pairs, de la fratrie, comme a pu le souligner Fabrice Bourlez5 lors du débat. Les entretiens avec Thierry Voeltzel semblent s’inscrire dans ce tournant. Il est le jeune qui vient illustrer, interroger ses recherches d’alors. L’homosexualité, la politique, le travail à l’hôpital, la religion, la famille, les lectures, la jeunesse, la musique sont autant de thèmes abordés lors de ces multiples dialogues « entre deux pensées qui cheminent côte à côte, se croisent, s’éloignent, s’approchent dans un mouvement incessant6. » Ainsi, Pierre Maillet, choisit de rejoindre un moment l’étudiant sur scène pour regagner à nouveau les gradins, mouvements des corps qui soulignent à la fois la proximité et la distance, gage de respect de ces portraits croisés. Si l’amour peine à être introduit par le garçon de vingt ans, le titre Letzlove (« laissons aimer » en anglais où le Z se glisserait), dans son envers, en parlerait sans cesse.

Michel Foucault se dit impressionné qu’il n’y ait chez son interlocuteur « aucune forme de petit théâtre7 », qu’il n’y ait besoin d’aucun projet, d’aucun relais à son engagement. Ce qui intéresse l’étudiant, c’est le plaisir, être avec les gens, faire l’amour, bouffer... Il ne semble pas y avoir de réflexion dans une démarche individuelle, notamment quant à l’homosexualité. La dimension subjective de la question : « Suis-je homosexuel ? », s’efface au profit d’une lecture groupale, économique et politique. Ces discours semblent ainsi mettre à distance la question du désir individuel et de ses coordonnées. Est-ce lié à l’âge ? Ou à l’histoire d’une génération où, selon Michel Foucault, il y a un trou, une lacune dans la culture ? Est-ce la fin de l’humanisme, reflet de la pensée de l’intervieweur ? En effet, dans une approche structuraliste, Michel Foucault effectue une fine analyse des conditions historiques pour rendre compte de ce qu’on dit, ou de ce qu’on rejette, ou de ce qu’on transforme, et fait ainsi peu de cas du sujet psychologique traditionnel ou de la conscience individuelle, pour mieux mettre en avant le pouvoir sous toutes ses formes, ses fondements et ses diverses emprises sur l’individu. Etudiant le dicible (L’ordre du discours, 1971), ou les systèmes carcéraux (Surveiller et punir, 1975), entreprenant une histoire des façons dont la sexualité est prise en charge par du discours – notamment psychanalytique (La volonté de savoir, 1977)– Michel Foucault n’a toutefois pas hésité, dans deux autres volumes de cette histoire de la sexualité parus juste avant sa mort (L’usage des plaisirs, Le Souci de soi) à faire preuve d’une rare honnêteté intellectuelle, remettant en cause certaines affirmations antérieures pour interroger la formation du lien, dans l’Antiquité grecque, entre préoccupation morale et plaisirs, et invitant chacun à faire de sa vie l’équivalent d’une œuvre. Les entretiens mettent en évidence ce souci du philosophe. Si Michel Foucault interroge chez le garçon de 20 ans, le nouage entre son engagement politique, son observation de la société, son aspiration à une révolution, il semble qu’à la fin, au fil de ces échanges et dans les années qui suivirent, l’étudiant ait fait sa révolution intime, son œuvre dans son positionnement, ses choix de vie. Les entretiens s’achèvent sur ce « souffle de vie » que le jeune pense avoir transmis, dans « une émotion assez forte » à un nourrisson. Puis, Thierry Voeltzel-narrateur conclut, précisant avoir revu plusieurs fois Michel Foucault par la suite : « Je pense qu’il était heureux de voir que je faisais ce pour quoi j’avais quelques dispositions : vivre8 ».

Pierre Maillet et le jeune comédien Maurin Olles ont tous deux fait renaître, à travers un jeu subtil et naturel, ce dialogue intime et libertaire, vivant et politique, auprès d’un public attentif où chacun, dans cette proximité, était comme invité à partager, à poursuivre cet échange. Le débat avec Catherine Dewitt9 et Fabrice Bourlez a ainsi permis de prolonger la soirée, là où Pierre/Michel, Maurin/Thierry étaient tour à tour conviés à parler de leur travail et de leur expérience dans la mise en scène de cette pièce. Ils ont magnifiquement réussi à faire de l’après Mai 68, « une époque qui peut parler à la nôtre10 ».

Lydie Lemercier
avec la collaboration de Claire Pigeon et Christelle Pollefoort


Notes :
1 Thierry Voeltzel, Vingt ans et après, Verticales, Editions Gallimard, octobre 2014, p. 205. « Michel a dit à Daniel : « J’ai rencontré le garçon de vingt ans. » Ça lui plaisait beaucoup, le garçon de vingt ans. » écrit T. Voeltzel.
2 Emmanuelle Bouchez, Letzlove-Portrait(s) Foucault, Théâtre, Télérama n° 3502, 22/02/17., p. 65.
3 Thierry Voeltzel, op. cit.
4 Michel Foucault, Histoire de la sexualité, tome 1, La volonté de savoir, Editions Gallimard, 1984, p. 125.
5 Fabrice Bourlez est philosophe, psychologue, membre de l’Envers de Paris et de l’Association Cause Freudienne (ACF) Normandie.
6 Emmanuelle Bouchez, op. cit., p. 65.
7 Thierry Veoltzel, op. cit., p. 182.
8 Thierry Voeltzel, op. cit., p. 211.
9 Catherine Dewitt est artiste permanente, dramaturge au CDN-Rouen.
10 Emmanuelle Bouchez, op. cit., p. 65.


Mercredi 1er mars 2017, 20h – Mont-Saint-Aignan (76)

Théâtre Le Rexy
31-33 rue Aroux
76 Mont-St-Aignan

Consulter le plan d’accès »
En bus : ligne F2, arrêt du Village
En voiture : petit parking à côté du Rexy, ou parking place du Village.

Entrée : 14 euros
Tarif réduit (pour les personnes ayant une carte du CDN pour la saison en cours) : 9 euros

15 places réservées pour les personnes liées à l’ACF-Normandie le mercredi 1er mars. Réservez sans tarder en appelant la billetterie du CDN-Normandie au 02 35 03 29 78 ou au 02 35 70 22 82.

Autres séances (sans conversation) : les mardi 28 février jeudi 2 mars, vendredi 3 mars à 20h et le samedi 4 mars à 18h.

Pour réserver une place à une séance »

Contacts :

Lydie Lemercier Gemptel

Claire Pigeon

Christelle Pollefoort

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