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Publié le samedi 30 mai 2020

L’Edito de la déléguée régionale de l’ACF-Normandie

Calligraphies

Juin 2020




En 1923, Freud écrit deux textes pour le Handwörterbuch der Sexualwissenschaft1 de Max Marcuse2, qui porte en sous-titre la mention « Encyclopédie ». Ces textes ont été traduits pour nous dans le volume 2 de Résultats, Idées, Problèmes3.


Le premier de ces textes a pour titre « Psychanalyse » et comporte une véritable mise en ordre des découvertes freudiennes. Le relisant à propos des prochaines journées de l’Ecole de la Cause freudienne, les J50 – Cinquantièmes journées ! – dont le thème est « Attentat sexuel », j’ai été surprise de relire la partie sous-titrée « La signification étiologique de la vie sexuelle ». Freud y développe soigneusement son chemin de réflexion et d’expériences cliniques4.

Dans cette partie sur la « Vie Sexuelle », il rappelle qu’après avoir laissé la méthode hypnotique au profit de « l’association libre », il entend et enregistre que les plaintes des névrosés aboutissent à des récits de traumatismes sexuels précoces. Mais en même temps ces plaintes deviennent « uniformes » et il lui fallut « s’incliner devant l’évidence et reconnaitre qu’à la racine de toute formation de symptôme, on ne manquerait pas de trouver des impressions traumatiques de la vie sexuelle des toutes premières années. Le traumatisme sexuel prit la place du traumatisme banal, et ce dernier dut sa signification étiologique à sa relation étiologique associative ou symbolique avec le premier qui l’avait précédé ».

La partie suivante, « La sexualité infantile », souligne que l’auteur « tomba d’abord dans l’erreur de surestimer largement la séduction comme source des manifestations sexuelles infantiles et germe de la formation de symptôme névrotique. On réussit à triompher de cette illusion lorsque se fit reconnaître dans la vie psychique du névrosé, le rôle extraordinairement grand de l’activité fantasmatique qui pour la névrose était manifestement plus déterminante que la réalité extérieure ». Freud insiste sur le fait que cette introduction de la sexualité pour saisir ce qui se passe pendant l’enfance a été un des points les plus difficiles à défendre dans la théorie psychanalytique. Mais dans le fond, le passage de la maîtrise des associations par l’hypnose à « l’association libre » est aussi un scandale à l’époque des thérapies injonctives. Enfin, l’abandon de la théorie de la séduction est encore un pas difficile à franchir.

Ah le fantasme ! Cette fenêtre sur la réalité, qui doit sa solidité à l’effet de cadre que cette relation entre un élément symbolique que Lacan note S barré, et cet objet obscur, objet de jouissance, a - à lire « petit a ». Cette fenêtre qui réintroduit le sujet de l’inconscient dans l’épreuve du traumatisme permet parfois, souvent, de reprendre un pied ferme dans la tempête. La réintroduction du sujet redonne vie à ce qui était figé, et quelqu’un peut alors assumer d’avoir été là, dans ce moment traumatique-là, enfin prendre appui sur la responsabilité d’avoir été là, éventuellement en la limitant. Ce qui peut paraitre illusionnant dans l’abord du fantasme nécessaire à la perception de la réalité, est en fait un retournement, une subversion, qui réintroduit le sujet dans sa perception, et permet des ré-aménagements.

Ceci surtout si on aborde le fantasme, comme en ce moment, avec le vocable de « l’idéologie », voire en donner comme connotation « erreur de jugement », ou pire, quelque chose entre fake news et théorie du complot.

Pas du tout, la cure analytique le démontre.

Catherine Grosbois

Notes :
1 Handwörterbuch der Sexualwissenschaft - Enzyklopädie der Natur - und kulturwissenschaftlichen Sexualkunde des Menschen, herausgegeben von Max Marcuse, A. Marcus & E.Webers Verlag, Bonn, 1923 (réédité en 2012 par De Gruyter).
2 Max Marcuse était un dermatologue et sexologue qui a émigré en Palestine dès 1933.
3 Sigmund Freud, « Psychanalyse » et « Théorie de la libido » (1923), Résultats, idées, problèmes, II, 1921-1938, PUF, 1985.
4 La fin de l’article contient aussi, mais c’est hors sujet, une partie concernant les relations avec les psychiatres, la médecine, mais aussi avec la science. Il définit la psychanalyse comme « une science empirique » et argumente de façon précise.

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